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Une journée à Restigné avec l’association Jean Carmet de Bourgueil

Posté par guehljm le 21 juillet 2010

  Dans les pas de Jacques le Colporteur

C’est une ânesse avec une tête de mule, elle trottine menant derrière elle une carriole  équipée de hautes roues et dont la banquette au confort sommaire s’empressa d’accueillir un quatrain d’enfants.

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Derrière se fier équipage suivait, Manou une toute jeune ânesse. Celle-ci équipée d’un bât, se montrait par moment quelque peu rétive au chemin que le groupe voulait lui faire parcourir.  Voilà un équipage peu commun qui allait promener une troupe hétéroclite au travers de la campagne de Restigné. Jacques le colporteur, allait nous mener sur les traces du passé de cette somnolente bourgade viticole. En début de matinée, l’ancien four à pain fut allumé et certains des participants arrivés trop tôt  purent apprécier le travail du chauffeur de four. 

Les miches et autres fouées attendaient patiemment que l’homme de l’art du feu ait mis la voûte boulangère à bonne température.   Pendant que les bûches chauffaient le four, Jacques avait rassemblé la troupe des participants à notre randonnée campagnarde.  Un doute le prit ! Il voulut avant le départ contrôler la bonne température du four qui devait accueillir la pâte blonde qui devait y cuire. En compagnie de Roger qui avait mené la chauffe, il prit une feuille de journal qu’il déposa au centre du four, après bien entendu avoir ôté les braises encore rouges. Ces dernières allaient rejoindre les barbecues dont l’unique fonction était de cuire les côtelettes et autres saucisses qui empliront les estomacs bientôt vidés par la randonnée.  Après ce contrôle culinaire, la couleur de la feuille de papier et sa vitesse de combustion l’ayant satisfait, il reprit le commandement et la troupe s’effilocha jusqu’au lavoir après avoir, bien entendu, salué nos hôtes qui mettaient à notre disposition les dépendances et anciennes écuries de leur château de Philbèrdiere. Le soleil à son midi, chauffait l’asphalte qui gonflait nos pieds encore tendres par le peu de parcours qui nous mena jusqu’à l’ancien lavoir. Le lieu n’est plus utilisé depuis des décennies mais toujours entretenu, comme si les lavandières d’antan allaient revenir dans l’instant. Quelques ronces et autres plantes grimpantes squattaient le mur opposé au bassin où autrefois le linge venait par brouette pour être rincé à coup de battoir, de plongeons obligatoires imposés par les mains des femmes du village.

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 Les murs du lieu doivent encore porter dans leurs pierres de tuf, toutes les aventures amoureuses, les peines et les joies de ces blanchisseuses reines du rinçage et de la blancheur immaculée. Madame Jeanne, nous conta le temps difficile de ses journées maintenant lointaines passées à transporter et rincer le linge du plus rude au plus délicat. Elle porte en elle la mémoire de ces journées pénibles qui déformaient les doigts plongés dans l’eau glacée des hivers rudes, mais elle se souvient aussi des liens qui unissaient dans le même effort et dans la même difficulté les épouses du village. Le travail était dur et les hommes rudes, mais l’unité se formait dans ces difficultés. Les plantes qui maintenant occupaient le lieu, plongeaient leurs tiges dans cette eau calme et claire où depuis de nombreuses années l’éolienne du château ne nourrissait plus de son débit régulier le bac du bâtiment des blanchisseuses. Madame Jeanne nous rappela, en terminant le récit de sa mémoire, que M. Pompidou avait dit en 1964, que la machine à laver le linge n‘avait pas libéré la femme, elle commenta cela en nous disant que s’il avait lavé et rincé autant de linge qu’elle, il aurait réfléchi à deux fois avant de dire une telle sottise. Après nos remerciements et nos applaudissements donnés à Madame Jeanne pour nous avoir offert les traces de son passé, Jacques reprit la troupe en mains pour nous conduire sur les suites de son sentier des retrouvailles avec notre histoire.   L’attelage redémarra sous le commandement du maître ânier et de son épouse qui menait Manon,  la jeune et rétive ânesse. Le bât de celle-ci avait accueilli le plus jeune des enfants de la troupe. Quatre ans et demi dominaient maintenant le monde, avec une fierté qui  gravera à jamais cet instant dans sa mémoire enfantine.  Les plus grands ayant eux définitivement fait du banc de la carriole et de ses dépendances le point de rassemblement grégaire de leurs déambulations sur les sentiers de nos mémoires.  Après quelques hectomètres le colporteur nous indiqua que nous déambulions sur d’anciens marais conquit par l’homme pour en faire des terres cultivables, il ne restait d’eux que des résurgences qui suintaient dans les fossés  des bords de routes. Le monde changeait lentement, mais il changeait. Les hommes façonnaient pour leurs besoins les dessins que la nature avait mis à leur disposition.

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Par-là, les marais s’asséchaient et par ici les chemins disparaissaient  des cartes sous l’effet des remembrements. Après avoir vu les modifications apportées par l’homme sur les étendues marécageuses, nous dûmes constater que notre plan du chemin de randonnée n’était pas à jour. Le fameux remembrement était passé par-là et avait modifié la cartographie de notre parcours.  Le sentier avait disparu de la surface du globe, mais pas de notre carte. Là où nous aurions dû tourner à droite pour profiter de l’observation d’un ancien pont gallo-romain, nous dûmes nous rendre à l’évidence que la modernité nécessaire au rassemblement des terres cultivables et pâturables, venait de désorienter la troupe encore attentive aux commentaires de Maître Jacques. Comme en toutes circonstances de ce genre, il se trouva une personne qui connut l’ancien tracé et qui put par sa rapidité à dissiper notre manque d’orientation nous remettre sur le bon chemin. Cela nous augmenterait un peu le temps de parcours prévu à l’origine, mais qu’importe, il nous suffisait de penser aux miches dorées à souhait, aux fouées chaudes et roboratives, aux saucisses  et autres côtelettes pour que d’un coup notre pas s’allonge pour nous conduire à cette future tablée récompense de notre détermination à voyager dans le passé.   Le soleil, qui de son éclat et sa chaleur nous accompagnait depuis le début de notre escapade, avait donné à certains l’envie de trouver la fraîcheur de l’ombre. La troupe se désagrégea donc lentement, le rythme du pas de départ s’était lentement décomposé et chacun avançait selon son envie ou son besoin de frais. Par instant, la carriole devenait le point de rassemblement des assoiffés, déshydratés par notre progression sous les rayons d’un soleil très présent. Nous fîmes plusieurs haltes rafraîchissantes et les bouteilles d’eau claires et fraîches passaient de mains en mains, pour nous désaltérer. 

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 Nous avions traînassé tout au long de notre parcours champêtre, nous n’avions pas été attentifs à l’horloge qui contre nous, avait continué à égrener le compte de ses minutes et des ses heures. Le soleil, lui aussi s’en foutait de notre nonchalante promenade, il avait continué sa course et maintenant nous indiquait qu’il amorçait sa descente vers l’obscurité. Encore deux paires d’heures et il plongerait dans l’obscurité le chemin de nos déambulations. La décision fut donc prise à l’unanimité de raccourcir notre parcours, nous avions eu la carte plus longue que nos jambes. Nous, nous rassemblâmes donc dans un ultime effort, pour rejoindre sans trop tarder l’entrée du château de nos hôtes pour y déposer une partie de la troupe qui demandait à prendre du repos.   Le reste des participants et il fut important, continua son épopée jusqu’au village de Restigné où la dernière étape de notre voyage dans le passé allait permettre à Madame le maire de nous offrir un vin d’honneur. Cette dernière étape gustative et rafraîchissante délia les langues qui jusqu’à présent s’étaient efforcé de ne pas trop assécher les bouches et les gosiers. Est-ce la bonne humeur de madame le maire et  de ses adjoints, est-ce le rosé qui chantait dans les verres et les bouches assoiffées, est-ce parce que nous arrivions au terme de notre voyage dans l’histoire de cette bourgade ou bien est-ce simplement par le plaisir d’être rassemblés pour fêter la fin glorieuse de notre périple, mais tous se  félicitèrent et se congratulèrent pour l’accueil généreux et chaleureux qui leur avait été fait pour cette occasion. Les verres et les bouteilles une fois vidées, les derniers remerciements et congratulations effectués la troupe se rassembla une dernière fois pour rejoindre les grandes tablées dressées dans la cour du château de Philbedière pour accueillir les estomac s affamés de tous les participants.   

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Mais la gourmandise est un vilain défaut, elle précipite les affamés vers les chemins de la gloutonnerie et non de ceux de la tempérance et de la sobriété, pour ceux-ci il fallut rappeler qu’une dernière visite s’imposait. Un maître tonnelier, compagnon du tour de France, nous attendait en son atelier pour nous montrer toute la subtilité et la force de son art. Fabriquer un tonneau n’est pas une chose aisée, il vous faudra lutter contre la nature qui vous donnera des planches droites et que vous devrez cintrer. Des outils qui font peur, qui vous mettent en sueur rien qu’à les regarder, et puis cette odeur de copeaux de bois, et puis cette chaleur dans la voix de notre compagnon.  Sa voix nous informe de la difficulté de son travail, mais ses mains toujours promptes à se remettre en marche, nous indiquent que l’homme est fier de son savoir et de son métier. Nous le remercions de son accueil et de sa facilité à se mettre à notre écoute. Les questions furent nombreuses et les réponses toujours simples pour nous qui ne savions que vider ces fameux tonneaux.   Encore quelques hectomètres et nous allions rencontrer une vielle dame, toujours à guetter chaque souffle de vent et à observer l’horizon. L’éolienne, la surveillante centenaire du château nous attendait avec impatience. Elle avait une histoire à nous raconter. Enfin, ce ne fut pas elle qui nous conta son histoire. Non, elle ne le put, car son âge déjà avancé ne lui permettait plus de parler, par contre elle nous laissa admirer ses haubans et son escalier en colimaçon qui s’élevait le long de la colonne centrale. En le gravissant l’on devait sans aucun doute pouvoir découvrir la région jusqu’au bout de l’horizon. Le point de vue aurait certainement charmé plus d’un poète et d’un peintre. Voir de si haut et dans la solitude retrouvée de ses rimes ou de ses couleurs la campagne alentour changer au fil des saisons. Voir la nature froide de l’hiver verdir sous le soleil de mai, voir les vignes mûrir sous les dards du soleil puis devenir jaunes, puis ocres pour finir en ceps tortueux sous le vent de décembre. Contempler ses alignements chargés des bruits des travaux des hommes, humer l’odeur de la terre après l’orage, sourire aux rires des demoiselles qui sous leurs jupons protégeaient la plus belle des grappes des mains aventureuses des vendangeurs, et rester là à ne rien faire que de contempler jusqu’à l’ivresse l’odeur de temps qui passe. La fameuse éolienne Bollée qui servait au pompage de l’eau, fut produite en France de 1872 à 1933 à environ 335 exemplaires, une cinquantaine est encore visible. Elle domine la colline et pendant ses années de fonctionnement elle avait avec une dignité de vieille fille sage et besogneuse, alimenté en eau le château, ses dépendances ainsi que le fameux lavoir visité au début de notre périple champêtre.   

Au bas de ce promontoire naturel, est édifié le château des maîtres des lieux. Pour border la crête et  accompagner la belle, d’imposant hêtres pourpres, lui tiennent compagnie. Il se dit que le passage du vent dans le feuillage de ces arbres a inspiré nombre de musiciens.

Nous avons donc salué cette ancienne mécanique qui ne grince plus sous l’effet du vent pour rejoindre le lieu de nos libations. Au passage, nous avons salué le tricentenaire tilleul qui étale comme un seigneur son imposante ramure, que des armées de butineuses délestent du pollen de ses milliers de fleurs odorantes pour nous offrir un miel au goût très agréable. Il a résisté aux deux dernières tempêtes, le forgeron lui a confectionné les plus belles des attelles qui lui conviennent pour pouvoir maintenir son majestueux branchage encore quelques siècles.   Il suffit pour chacun de se laisser glisser sur la pente douce  des derniers rangs de vignes qui nous indiquaient l’endroit où enfin les grandes tables allaient nous accueillir et nous désaltérer. La fin du parcours est arrivée, les dames cherchent l’endroit  où dans leur intimité enfin retrouvée, elles pourront soulager une vessie peu coopérante, les hommes eux n’eurent pas ce problème là, la construction de leur anatomie permettant une plus grande liberté de soulagement. Nous voilà tous, enfin réunis autour de la longue table sur la quelle des verres disposés en épis, s’offraient aux yeux gourmands et aux bouches assoiffées. Pendant que le remplissage de ces derniers s’effectuait, les maîtres des lieux nous contèrent l’histoire de leur demeure et les diverses transformations que les propriétaires avaient effectuées depuis son origine.   Et puis, et puis l’histoire du lieu se termina par des applaudissements et nous trinquâmes à la qualité de l’accueil que nos hôtes nous avaient réservé. Les verres se vidèrent, les fouées se laissèrent déguster et chacun selon son humeur pris une part plus ou moins active à déguster les produits du terroir qui s’offraient à leurs papilles asséchées et  à leurs estomacs creusés par tant d’efforts pour arriver jusque là.    Le soir descendait lentement sur la grande demeure, les barbecues maintenant opérationnels commençaient à recevoir les différentes viandes qui composeraient notre repas ; Les tables disposées à l’intérieur de grandes salles s’étaient naturellement retrouvées garnies de leurs convives et chacun était prêt à en découdre avec la première bouchée ou la première saucisse. Le vin offert par nos hôtes, s’alignait en bouteille sur les tablées et dans un moment d’émotion nous pûmes entendre le premier chplop ! Un bouchon venait de céder devant l’assaut d’un tire-bouchon et comme chacun le sait un chplop ! en attire souvent d’autres.   Il y eut aussi ce moment particulier qui se retrouve à chaque début de repas, les bouches se taisent et l’on entend plus que le cliquetis des fourchettes et des couteaux dans les assiettes, les bouches mastiquent lentement d’abord pour savourer l’instant précieux, du goût de la première bouchée que libèreront les mâchoires en mastiquant consciencieusement la  viande qui va ainsi offrir toutes ses saveurs à nos palais affamés. Le temps passa et repassa, les volontaires se donnait pleinement à leurs tâches de grandgousiers  de la gastronomie crépusculaire, ils n’auraient certes pas déplu à notre ami Pantagruel, tant leurs efforts à alimenter nos assiettes, étaient grands.  La fin du repas arriva, et les estomacs bien emplis de toutes ces nourritures terrestres, nous  allâmes nous installer en demi-cercle sur des bancs d’école. Ces bancs formaient un demi-cercle  sur la pelouse, laissant sur leur devant une scène improvisée pour que notre fameux conteur, le bien nommé Jacques le Colporteur puisse exprimer tout son talent. 

Après nous être nourri le corps, Jacques allait par son art nous nourrir l’esprit et la mémoire

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Il porte en lui tous les us et coutumes de nos régions et sur son dos sa fameuse hotte de colporteur. A l’intérieur de celle-ci il porte la mémoire de nos usages et mille petites choses qui sur l’instant pourraient vous sembler soit futiles soit inutiles. Mais Jacques n’est pas homme à se laisser décontenancer, par le premier hâbleur venu, par le premier menteur venu, non lui il est tout en  souvenir et en vérité. Il porte tant dans sa hotte que dans sa mémoire les savoirs des temps anciens où seul le colporteur, la saison terminée, prenait sa hotte et son bâton pour colporter pendant l’hiver, toutes ces nécessités qui avaient tant manqué dans les fermes et les hameaux isolés. De colporteur de boutons de nacre, de plumes, de baume pour guérir tout et même plus s’il le fallait, il se faisait diseur de nouvelles. Il devenait le journal parlé de la région. Il pouvait renseigner les fermes isolées sur les naissances ou les décès survenus dans tel ou tel village ou grosse bourgade, il devenait le lien vivant  de toute une contrée. Aujourd’hui  les colporteurs de nos contrées ont disparu, les nouvelles se diffusent à la vitesse du son ou de la distribution postale, mais avec eux nous avons perdu ce lien vivant que seul la parole humaine peut apporter avec suffisamment de chaleur et d’humanité.    Le spectacle de Jacques, éveilla nos mémoires endormies, il fit par le récit de ses histoires revivre ces instants fugaces où une petite flamme allume dans l’obscurité de nos souvenirs, les visages et  les gestes de nos anciens.   En quittant, dans le milieu de cette nuit, l’assemblée qui avait sagement écouté ce fameux colporteur, je me questionnais sur ce que je serais capable de transmettre aux miens ?  

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Jacques par ses histoires, diffusées tout au long de cette journée, nous a rappelé combien le temps est fugitif, sauront nous le retenir pour avoir le temps de l’apprécier ?   

       Souhaitons que  le prochain sentier de Jacques le Colporteur soit d’une aussi bonne trace que celui que nous venons de parcourir.                                                      img12661.jpg                       Jean-Michel GUEHL            

Une Réponse à “Une journée à Restigné avec l’association Jean Carmet de Bourgueil”

  1. Letienne dit :

    Et moi qui croyais qui ne se passait rien chez toi… En fin de compte ma flemme à te rendre visite est seule responsable de ce jugement!
    Je viens donc de lire (entièrement, si-si) ton article: top!
    A tout bientôt, cordialement.

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